Les petites et moyennes entreprises (PME) sont nombreuses à affirmer spontanément leurs engagements en termes de responsabilité sociétale et environnementale (RSE). Elles sont plus rares à engager une démarche structurée. Cet article illustre les avantages d’être une PME pour se lancer dans une démarche RSE: moins de complexité pour effectuer les diagnostics et définir les axes stratégiques, meilleure capacité d’innovation, dialogue direct avec ses parties prenantes, bonne mobilisation des collaborateurs. Les atouts des PME sont nombreux. Parfois même, ce sont les petites entreprises – comme les start-ups – qui montrent la voie aux plus grandes. Explications et tour d’horizon.

L’agilité des PME, l’alliée de la RSE

Oublions d’emblée l’idée selon laquelle la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) serait l’apanage exclusif des grandes entreprises et institutions. Elles sont certes de plus en plus nombreuses à publier des rapports extra-financiers valorisant chacune de leurs actions dans les domaines social et environnemental, mais elles n’ont pas le monopole de la RSE. En effet, de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) agissent elles aussi conformément aux principes du développement durable. Leur proportion reste toutefois encore faible en regard des atouts dont elles disposent pour se positionner en la matière. La petite taille de leurs effectifs, la simplicité de leur organisation hiérarchique, leur ancrage local, leurs circuits de production courts et leur capacité d’innovation sont autant de facteurs qui permettent aux PME de prendre des décisions rapidement et d’engager des actions importantes de manière concertée.

En Suisse, les PME représentent 99% des entreprises marchandes et génèrent deux tiers des emplois, selon l’office fédéral de la statistique (OFS). Pour ce maillon essentiel du tissu économique national, les bénéfices à tirer d’une démarche RSE structurée sont évidents.

Effet d’entraînement des multinationales sur l’engagement RSE des PME

Les investisseurs savent que la RSE est payante à long terme et tiennent toujours davantage compte de ce critère durable au moment de prendre une décision d’investissement1. Les entreprises suisses sont bien classées au sein du Dow Jones Sustainability Index (DJSI), l’un des indices de référence dans la mesure de performance des entreprises en matière de développement durable. Nestlé, Roche, Novartis figurent notamment parmi les dix titres du DJSI Europe.

Si les PME suisses non cotées ne sont pas représentées dans de tels indices, elles restent néanmoins soumises aux mêmes tendances structurelles, aux mêmes défis d’adaptation et ne peuvent faire l’économie de leur responsabilité sociétale. La pression à ce sujet est croissante. De la part des clients, des actionnaires et de la société civile, mais aussi des règlementations qui évoluent et amènent de nouvelles exigences. Si les PME n’agissent pas dans le sens de la durabilité de manière structurée, elles risquent de voir les gros acteurs de leur secteur se détourner d’elles et privilégier des organisations plus engagées. Question de compétitivité et de développement sur le long terme.

Où en sont les PME en matière de RSE?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En France, 90% des dirigeants de PME2 déclarent mener des actions éparses en la matière. Selon la même étude, ils ne sont que 50% à une suivre une démarche RSE et 25% à opter pour un processus structuré autour d’un plan d’actions à moyen ou long terme.

On constate que les PME tendent à privilégier des actions spontanées, fondées sur le bon sens, plutôt qu’élaborer un plan stratégique sur le long terme. Souvent par peur des coûts, en raison d’autres projets prioritaires ou encore par manque de conviction. Leur agilité en fait pourtant des candidates idéales pour la mise en place d’un plan d’action structuré. Et il est désormais démontré que pour être efficaces, les processus de RSE doivent être soutenus pleinement par la Direction et mises en œuvre de manière transversale à travers toute l’organisation.

Voir au-delà de l’enjeu environnemental

Ce sont souvent les défis climatiques qui concentrent la plupart des initiatives RSE. La responsabilité sociale des entreprises ne peut cependant pas se limiter à la réduction de l’empreinte carbone – même si cet enjeu est important. Le but d’une démarche RSE doit être bien plus large et ambitieux, pour tenir compte à mesure égale des trois sphères sociale, économique et environnementale du développement durable.

Par où commencer pour définir une stratégie RSE transversale?

Les prémices de toute démarche RSE peuvent se résumer en trois questions: comment réduire ses impacts négatifs, comment créer des impacts positifs et comment se doter d’une utilité au-delà d’une création de performance économique? C’est grâce au diagnostic de ses impacts négatifs que l’entreprise pourra chercher à améliorer sa performance sociétale sous différents angles:

  • Au sein de l’entreprise (égalité, diversité, modes de management)
  • Le long de la chaîne de valeur
  • Sur les sites d’implantation
  • Sur le marché (avec la création de valeur partagée)

Gouvernance, vision, identification des priorités selon des axes d’engagement stratégiques, en concertation avec ses parties prenantes. La mise en place de ce cadre stratégique est un bon début. Par la suite, la PME peut intégrer chacune de ses actions dans une grande feuille de route, afin de crédibiliser son approche. Tous les efforts sont à encourager, à tous les niveaux de l’entreprise. Chaque petit geste compte. Avec l’accumulation d’engagements concrets et mesurés, il sera alors temps de communiquer.

Se faire accompagner dans une démarche structurée

Repenser sa chaîne de valeur, ses processus internes et appliquer certaines normes et labels, requiert du temps, du personnel qualifié et un budget. Les réseaux d’entreprise, comme les Chambres de commerce et les associations faîtières jouent un vrai rôle de soutien aux PME, en favorisant l’échange d’expériences et de bonnes pratiques, en organisant des conférences pour sensibiliser l’ensemble des acteurs. C’est le cas notamment de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG), de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et de la Fédération des entreprises romandes (FER Genève).

Aux PME qui désirent un accompagnement personnalisé pour s’engager de manière structurée dans une démarche RSE, blossom offre un conseil sur mesure. L’agence propose une méthode et des outils pour mener à bien chaque étape du processus: clarification de la vision, définition du cadre stratégique, sensibilisation aux enjeux de la RSE, identification des priorités, des impacts, définition des actions à mener, établissement d’une feuille de route… De PME à PME, blossom partage son expérience.

Exemples d’actions concrètes par des PME en Suisse romande

La Suisse romande compte un nombre croissant de PME exemplaires en matière de RSE, souvent citées par les institutions économiques, politiques et les médias telles que Caran d’Ache, Serbeco, ou encore Opaline. D’autres, moins médiatisées, apportent un éclairage différent et participent aussi à cet effort.

Dans le registre de l’économie circulaire qui vise à sortir de la logique « extraire, fabriquer, consommer, jeter » en transformant les déchets en nouvelles ressources, l’entreprise Biogaz Mandement valorise les déchets organiques des agriculteurs en produisant du biogaz qui sert à générer de l’électricité verte. L’hébergeur Safehost fournit du chauffage à une entreprise voisine, Vacheron Constantin, grâce à la chaleur dégagée par ses serveurs. Le groupe hôtelier genevois Manotel, a monté un projet avec de jeunes apprentis consistant à récolter, nettoyer, râper et reconstituer comme neufs des savons utilisés (dans le respect des normes d’hygiène) pour les distribuer aux personnes démunies. D’autres groupes hôteliers se sont joints au projet qui répond à des problématiques environnementale, sociale, éducative et intégrative, selon la même étude sur le développement durable. En effet, environ 9% du total des postes de travail salariés du canton de Genève seraient concernés par un mode de production de biens et de services favorisant le recyclage dans un souci de préservation de l’environnement, selon la Chambre de l’économie sociale et solidaire.

Autre exemple. Après avoir banni pailles, bâtonnets à café et gobelets en plastique, le traiteur Eldora, basé à Rolle, a inscrit une centaine de ses points de vente en Suisse romande sur l’application de lutte contre le gaspillage alimentaire Too Good to Go. Pour sa performance RSE, le traiteur a obtenu le niveau argent du standard français Ecovadis. La gestion des déchets, des modes de livraison et la sensibilisation sur la nourriture saine sont d’autres objectifs RSE qu’un traiteur peut adopter.

Toujours dans le secteur des services, le salon de coiffure L’R du Temps à Genève, à l’écart d’une industrie de cosmétiques allergènes, a fait le choix de produits d’origine biologique et naturelle, pour le bien-être de sa clientèle. Les coiffeurs sont toujours plus sensibles à la gestion des déchets et celle de l’eau. Ils sont également nombreux à faire le choix de produits non-nocifs, dans un souci de protection de la santé des employés. Mais également en faveur de l’environnement avec par exemple l’association des Coiffeurs Justes qui recycle les cheveux pour créer des systèmes naturels de dépollution des eaux des hydrocarbures et contribue ainsi à la création d’emplois.

1Selon economiesuisse, plus grande organisation faîtière de l’économie suisse et SwissHoldings, organisation économique qui défend les intérêts de 59 groupes industriels et de services à vocation internationale en Suisse (hors secteur de la finance), dans une étude conjointe sur la responsabilité sociale des entreprises intitulée «Le point de vue des entreprises (2015)».

2Étude sur la RSE menée en mars 2018 par Bpifrance, la banque française des entrepreneurs.

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